A World for Travel 2026 : Au Musée Marmottan Monet, le tourisme mondial esquisse sa métamorphose

Escapades Détente By Geoffrey Gaye 29/10/2026 60 views

REPORTAGE – En prélude au forum international « A World for Travel », décideurs publiques, chefs d’entreprise et experts du tourisme mondial se sont réunis ce mercredi 28 octobre dans les salons feutrés du Musée Marmottan Monet. Entre chefs-d’œuvre impressionnistes, verres de champagne et échanges informels, le secteur a affiché son ambition : passer des paroles aux actes face à la crise écologique et géopolitique.

Ce n’est pas un hasard si le décor choisi pour ouvrir la 7ᵉ édition du forum A World for Travel (AWFT) respire la contemplation. Alors que l’on commémore cette année le centenaire de la disparition de Claude Monet, c’est sous le regard des célèbres Nymphéas et des toiles magistrales du maître que les grands noms de l’industrie mondiale du voyage se sont donné rendez-vous, dès 18h45, dans le 16ᵉ arrondissement parisien.

Dans les allées du musée, l’atmosphère est à l'émerveillement. Délégués venus de Manille, de Nassau, de Johannesburg ou de New York s'accordent une parenthèse hors du temps, observant de près les touches vibrantes de peinture, avant d'aborder des réalités bien plus pragmatiques.

Read also Why the French Riviera attracts so much

« Sortir du blabla, entrer dans l'action »

Après quelques mots d’accueil officiels pour introduire cette édition placée sous le thème « New Tourism Realities: From Disruption to Collective Action », les organisateurs et partenaires majeurs, parmi lesquels Gloria Guevara, directrice générale du World Travel & Tourism Council (WTTC), ont rappelé l’urgence de redéfinir un modèle sous tension. La croissance touristique ne peut plus ignorer les limites planétaires, la saturation de certains sites ou les soubresauts géopolitiques.

Entre contemplation des toiles de Claude Monet et échanges sur la transition durable du secteur : coup d'envoi convivial d'AWFT 2026 dans les salons du 16ᵉ arrondissement parisien. Crédit photo: GG
Entre contemplation des toiles de Claude Monet et échanges sur la transition durable du secteur : coup d'envoi convivial d'AWFT 2026 dans les salons du 16ᵉ arrondissement parisien. Crédit photo GG

 

Puis, place au cocktail. Dans ce cadre muséal d'exception, les cartes de visite virevoltent rapidement au milieu des coupes de champagne. Frédéric Vanhoutte, président d’EVENTIZ et fondateur de l’événement, ne cache pas son enthousiasme face à cette effervescence :

Read also The Negresco story: the palace that survived two world wars

« Ce soir, c’est le prélude. On fait une "break the ice party". Nous avons des participants qui arrivent de Chine, des États-Unis, des Philippines, des Bermudes ou d'Afrique du Sud... On ne voulait pas les laisser seuls à Paris la veille du forum ! », sourit l'organisateur.

Mais derrière la convivialité, l’exigence reste intacte. Pour Frédéric Vanhoutte, cette 7ᵉ édition doit marquer un tournant : « Demain, à l’Assemblée nationale puis à l’Hôtel de l’Industrie, ce sera le forum en lui-même. Un forum d’action, pas un forum de "blabla". À la fin de chaque session, un engagement devra être pris. Nous allons collecter ces engagements dans un Livre Blanc pour en assurer le suivi toute l'année. Notre terrain de jeu, c'est l'environnement et les populations locales : il faut absolument le protéger. »

Repenser les flux et redonner du sens : l'Ile-de-France et l'Asie au diapason

Au gré des discussions, les verres tintent et les diagnostics se croisent. Premier bassin touristique mondial avec près de 50 millions de visiteurs annuels, la région francilienne est aux avant-postes de ces mutations. Entre deux échanges, Baptiste Orlandini, à la tête de Choose Paris Region, insiste sur la transition nécessaire du modèle local :

« Il s’agit de transformer le tourisme d'aujourd'hui pour que demain il soit plus durable, plus résilient, créateur d’emplois et d’impact économique », confie-t-il. Pour l’acteur francilien, l’avenir passe par la diversification : désengorger le cœur historique de la capitale au profit des campagnes environnantes, des massifs forestiers, des rivières et des terroirs agricoles.

Cette quête de respirabilité et d'authenticité résonne à l'autre bout du globe. Venu représenter l’Office national du tourisme de Thaïlande, Prakit Saiporn partage une vision analogue, où la logique du volume doit céder le pas à la valeur humaine :

« Nous voulons que les visiteurs soient plus immergés dans la culture et les traditions thaïlandaises. Pour nous, les chiffres purs ne sont plus le plus important : nous visons la qualité. Le tourisme doit avant tout porter des valeurs humaines. »

Un pont dans un monde fracturé

Alors que les tensions internationales pèsent lourdement sur la mobilité planétaire, le tourisme s'affirme aussi comme un vecteur diplomatique essentiel. Un constat partagé par Ola Wright, directrice générale de la West Africa Tourism Organisation (WATO), venue plaider pour une coopération renforcée :

« Cet événement sert d'abord à rassembler l'ensemble des acteurs pour confronter les défis de notre industrie et y apporter des solutions concrètes. C'est capital aujourd'hui : au regard des crises que traverse le monde, le tourisme reste l'un des rares secteurs capables de réunir les peuples. »

Tandis que la soirée s'étire doucement sous les plafonds dorés du Musée Marmottan Monet, les conversations se prolongent, augurant de la densité des débats à venir.

Dès demain matin, les participants troqueront le calme impressionniste pour les bancs de la prestigieuse Salle Colbert de l'Assemblée nationale. Au programme : résilience face à la polycrise géopolitique, essor de la « Blue Economy », décarbonation aérienne, avenir du ferroviaire et intelligence artificielle. À Paris, les décideurs du tourisme semblent enfin prêts à regarder la réalité en face.