À l’Assemblée nationale, le tourisme mondial ausculte ses fractures

Escapades Détente Par Geoffrey Gaye 29/10/2026 100 vues

Sous le regard de marbre de Colbert et dans la solennité républicaine du Palais-Bourbon, la 7ᵉ édition du forum A World for Travel a pris ses quartiers ce jeudi 29 octobre. Entre rigueur protocolaire, diagnostics alarmants sur la polycrise globale et ferveur panafricaine, récit d’une journée marathon au cœur des nouveaux défis du voyage.

Dès 8h30, l'entrée du 126 rue de l'Université donne le ton : fouille méticuleuse, contrôles d’identité stricts et passage sous les portiques de sécurité. Accueillir A World for Travel (AWFT) au sein même de l'Assemblée nationale pour sa deuxième escale parisienne consécutive témoigne du poids institutionnel pris par ce sommet.

Dès 9 heures, une centaine d'acteurs internationaux du monde du tourisme étaient déjà réunis dans la salle Colbert de l'Assemblée nationale. Crédit photo GG 

 

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Une fois dans la prestigieuse Salle Colbert, le cadre impose le respect. Les rangées de sièges en hémicycle sont baignées d'une lumière bleutée sous d’imposants lustres circulaires. Les règles y sont austères : aucune machine à café dans les travées, aucune photo possible dans les couloirs. Sur l’estrade, à côté du pupitre d'où s'expriment les intervenants, le buste sculpté de Jean-Baptiste Colbert semble veiller en juge silencieux sur les débats.

Chiffres records et modèle à bout de souffle

La matinée s'ouvre sur un défilé millimétré de présentations individuelles. Les diapositives regorgent de graphiques macroéconomiques. Gloria Guevara, présidente du WTTC (World Travel & Tourism Council), rappelle l'insolente santé statistique de l'Hexagone : 107,4 millions d'arrivées internationales en 2025 et un secteur pesant 277 milliards d'euros (9,3 % du PIB français).

Gloria Guevara, présidente du World Travel & Tourism Council a notamment présenté les chiffres du secteur du tourisme en France. Crédit photo GG

 

Mais derrière ce triomphalisme comptable, l'onde de choc arrive avec Luís Araújo, ancien président de Turismo de Portugal et figure respectée du secteur. Dans une intervention au titre coup de poing (« The Tourism is Dead… »), il partage une prise de conscience intime :

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« Le meilleur voyage de ma vie, je l’ai fait sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Là, j’ai compris que j’avais le temps. Je suis passé par Gaia : une marée d'hôtels et d'Airbnb, mais seulement deux supermarchés pour les habitants ! À force de lutter pour empiler les volumes, on en oublie la vie même des destinations. »

Et de conclure, magistral : « Le tourisme est mort, longue vie au tourisme. »

Géopolitique et écologie : l’heure de la « Polycrise »

Les discours s'enchaînent sans répit. Justin Crump, PDG de Sibylline Ltd, projette les cartes sombres de la « Polycrise » : tensions frontalières, guerre hybride, IA déstabilisatrice et fragilités économiques qui s'entremêlent. « Nos structures ont été pensées pour des crises isolées, or nous entrons dans une ère de chocs simultanés », avertit l'expert en renseignement.

Le volet écologique n'est pas moins brutal. Daniel Turner (Animondial) dévoile l’image d'un paresseux agrippé à son arbre, adossée au dernier rapport du WWF : -73 % des populations de vertébrés sauvages détruites depuis 1970 (-95 % en Amérique latine). Un rappel cinglant : sans nature préservée, le produit touristique s'évapore.

L'après-midi des tables rondes : mobilités et résilience

Après un déjeuner rapide sous les dorures de l'Assemblée, le format évolue dès 13h30. Les discours solitaires cèdent la place à des tables rondes composées de quatre experts face aux délégués.

Lors de sa conférence, intitulé « Geopolitical Outlook», le fondateur de Sibylline, Justin Crump a présenté cette carte relative aux rapports dans le secteur touristique. Crédit photo GG

 

Décarbonation de l'aviation (Air France, Amadeus), renaissance stratégique du train face aux impératifs climatiques (Trainline, Pegasus Trains) et transformation des flottes maritimes : chaque maillon de la mobilité est passé au crible. Le tourisme domestique est également réhabilité par David Nouailles (Puy du Fou) et Alessandra Priante comme le véritable bouclier anti-crise des territoires.

L’hémicycle debout pour l’Afrique

Le sommet, jusque-là très cadré, bascule en milieu d'après-midi dans une rare intensité.

Après avoir présenté le projet de la Grande Muraille Verte, Ola Wright, présidente de la West Africa Tourism Organisation (WATO), monte à la tribune pour la session « Africa: Unlocking the Next Tourism Growth Story ». Balayant les discours fatalistes pour célébrer la créativité et le potentiel du continent, elle bouscule soudain le protocole compassé du Palais-Bourbon :

« Levez-vous ! Tout le monde debout ! »

Surprise, sourires, puis obtempération générale : l'ensemble des décideurs, ministres et patrons se lèvent d'un seul bloc. Téléphones brandis à bout de bras, la salle entière immortalise un selfie collectif sous le hashtag #AWFT Africa. Une bouffée d'énergie humaine et de spontanéité qui fait voler en éclats la réserve parlementaire.

Vers 18h15, les délégués quittent les boiseries de la Salle Colbert pour embarquer à bord des bus Tootbus. Direction La Samaritaine, face à la Seine, pour le dîner d’influence et la remise des AWFT Awards, concluant avec panache une journée de vérité pour le tourisme mondial.